Startseite / Archive / 2015 / La relative en pepel
Artikelaktionen

 

1. Introduction

<1>

Malgré les nombreuses études consacrées à la relative particulièrement dans les langues à longue tradition écrite, dans la pratique des linguistes, la définition est marquée par une absence de consensus quant aux principaux moyens mis en œuvre pour la relativisation. De ce fait, dans une telle situation, l’établissement de monographies descriptives sur des familles et groupes de langues aussi variés que possible permettrait de cerner les différentes formes ou constructions auxquelles se prètent le phénomène de relativisation. L’idée est que des données précises sur des langues africaines à tradition orale permettront de mieux cerner les différents aspects et d’indiquer un ensemble de traits définitoires. C’est dans cette perspective que, après une brève précision sur les traits typologiques d’une langue minoritaire peu connue que se situe notre étude sur la relative. Cet article est susceptible de contribuer à une meilleure compréhension du phénomène de la relativisation d’où son intérêt d’un point de vue typologique. Pour ce faire, nous nous appuyons sur les considérations issues de la linguistique descriptive avec l’approche proposée par Denis Creissels [1] qui servira comme base de travail. L’importance de l’approche réside dans le fait que c’est accessible par des linguistes qui travaillent avec des modèles différents et par conséquent le travail ne sera pas restreint aux abstractions qui sont compréhensibles dans un cadre spécifié. La base de l’approche ce sont des concepts fondamentaux de la linguistique structurelle et du structuralisme/ fonctionalisme.

2. Propriétés typologiques de la langue

<2>

Le pepel est une langue Niger-congo appartenant au groupe bak parlée en Guinée-bissau et au Sénégal. Le nom a un préfixe de classe. Au niveau syntaxique, l’ordre déterminant-déterminé domine dans le syntagme nominal et SVO dans la proposition. La présente étude porte sur une description des mécanismes de fonctionnement de la proposition relative en pepel. Nous y traitons des stratégies de relativisation des arguments, des procédés d’insertion des marqueurs de la relativisation, et en pepel tous les arguments pouvant être relativisés, avec un accent particulier sur les mécanismes adoptés.

<3>

Le pepel comporte 43 phonèmes répartis en 25 consonnes dont 7 prénasales et 18 voyelles (dont 10 brèves, 5 longues et 3 prénasales). La langue ne comporte pas de ton mais se caractérise par la présence d’un accent tonique qui tombe sur la voyelle de la première syllabe du lexème [2].

<4>

Le fait le plus surprenant est que la langue présente un trait +/- ATR, mais ne déclenche pas d’harmonie vocalique. C’est surprenant dans le contexte de l’Afrique de l’Ouest, mais c’est une situation qui existe indiscutablement en sotho (Clements 1993) et en tswana (Creissels 2005).

<5>

En pepel, l’ensemble du lexique est réparti en classes nominales qui gouvernent un système d’accord. Le système se caractérise par une relation syntaxique entre le préfixe de classe et un système d’accord entre le nom et différentes unités en rapport avec celui-ci. En pepel, les classes nominales sont des classes d’accord. Au total, nous avons relevé 12 préfixes de classes avec 10 schèmes d’accord possibles. Ils sont de structure V- ou CV-. Ils se présentent ainsi:

Singulier

ø-

ɔ-

u-

pə-

kə-

nə-

a-

bu-

Pluriel

i-

mə-

ŋə-

bɔ-

Rappelons qu’en ce qui concerne l’étiquetage des classes, il n’est pas possible d’utiliser en atlantique un système de numérotation comparable à celui utilisé pour les langues bantoues. De ce fait, pour éviter un étiquetage arbitraire, la solution qui facilite plus le travail du lecteur et qui comporte le moins de risque, consiste à étiqueter chacune des classes par une étiquette qui évoque les éléments morphologiques à travers lequel la classe en question se manifeste. [3]

<6>

Dans les constructions prédicatives, l’omission du nom sujet fait appel obligatoirement à un indice sujet pour les humains ou à la classe correspondante pour les choses et pour les animaux.

(1)

Musa

şɩ

‘Moussa court’

Moussa

courir

(2)

a-

şɩ

‘Il court’

Is3sg

courir

(3)

bu-nʊ

kɛş-ɩ

‘L’arbre est mort’

CLbu-barbe

être mort-ACP

4)

bu-

kɛş-ɩ

‘il est mort’ 

CLbu-

être mort-ACP

<7>

Dans un syntagme de détermination où le terme déterminant est lui-même un nom ou un pronom personnel, le déterminant succède au déterminé.

(5)

pə-liik

p-ɩ

‘cette arachide’

CLpə-arachide

CLp-DEM

<8>

La structure syntaxique canonique de la langue est SVO ( sujet- verbe-objet). Le syntagme nominal en fonction syntaxique sujet est placé devant le verbe. En règle générale, le verbe et les morphèmes de TAM se placent après le sujet.

<9>

Il convient aussi de noter immédiatement qu’une modification de l’ordre canonique reste rare et s’explique par une visée expressive comme lorsque l’objet est topicalisé, mais il y a toujours un pronom de rappel qui reprend l’objet et naturellement va occuper la position syntaxique de l’objet.

Topic,

S

V

o

(6)

paapa

ni,

ɔ-wʊl

fiŋ-ɩ

a

‘Mon père, le chien l’a tué’

Père

POSS

CLɔ-chien

tuer-ACP

3s

3. La notion de relative : observations générales

<10>

Les langues font un usage variable des types de stratégies de relativisation. On peut reconnaître en pepel un mécanisme de relativisation qui, au niveau grammatical connaît différentes caractéristiques, parmi lesquelles nous concentrons fortement ici les critères syntaxiques qui nous serviront de base dans la description de la relativisation. Le mécanisme de relativisation consiste pour paraphraser Creissels dans une communication personnelle [4] à caractériser le référent d’un terme nominal d’une phrase par la conjonction d’une propriété signifiée par un lexème nominal, et d’une propriété construite en manipulant une phrase. On aura une proposition subordonnée, par rapport à un syntagme nominal dit antécédent auquel elle est rattachée d’une manière relevant du système. Généralement, les mécanismes sémantico-logiques peuvent avoir des manifestations syntaxiques différentes. C’est ce comportement que nous allons voir pour le cas du pepel en soulignant d’emblée qu’il y a deux types de relativisation : la relativisation avec relativiseur enclitique du verbe et la relativisation avec la marque -ɔŋ. Bien que cette dernière semble être moins fréquente.

<11>

Contrairement à ce que l’on observe dans certaines langues du Sénégal, le pepel n’a pas de morphème libre introducteur ( du genre pronom relatif) ou marque pronominale de classe qui dans ces langues se combine avec les morphèmes épidéictiques ( défini proche, défini éloigné). Nous avons relevé dans la relative des modifications morphologiques portant sur les formes verbales avec des marques spécifiques que nous allons appeler relativiseur exprimant la dépendance. Le relativiseur se situe toujours dans la proposition relative et l’antécédent dans la proposition principale et il doit être spécifié. Dans la forme verbale, le suffixe relatif est toujours placé en position terminale, après tous les autres suffixes (modalités verbales et affixes pronominaux).

<12>

D’une manière générale, dans les langues de type SVO comme le pepel, comme le souligne Bruce T. Downing (1978), lorsque, dans la structure canonique le verbe précède l’objet, la proposition relative est postposée par rapport à son antécédent

4. Relativisation avec relativiseur enclitique du verbe

<13>

En pepel, nous avons relevé un marqueur de relativisation complexe. Ceci est prévisible du fait qu’on est dans une langue à classe. Donc, c’est normal d’avoir un relativiseur qui s’accorde en classe avec l’antécédent. Nous avons relevé pour le marqueur de la relativisation les structures suivantes :

CL+i ou Ø+i / CLn+i

<14>

Nous avons d’une part, la structure CL+i, quand l’antécédent a un préfixe de classe de forme CV. D’autre part, nous avons Ø+ i / CLn+i quand la classe de l’antécédent est de structure V. Donc, en pepel c’est l’ensemble qui marque la relativisation.

<15>

Nous allons donner un aperçu des différentes stratégies de la relativisation en nous inspirant de l’échelle d’accessibilité définie par Comrie (1981). Le cas du pepel peut être décrit de la façon suivante : l’ensemble des éléments de l’échelle sont relativisables. Cependant, nous allons montrer que les stratégies adoptées pour ces éléments sont différents.

4.1. Relativisation du sujet

<16>

En ce qui concerne le verbe de la relative, nous pouvons relever qu’en pepel, la proposition relative constituée par un seul verbe qualificatif peut se substituer à un adjectif et recevoir un suffixe déterminatif en cas de détermination du substantif dont elle dépend.

(7)

ɔ-pi

ɔ-aş

ɔ-jina

‘une chèvre noire » / « cette chèvre noire’

Clɔ-bouc

CLɔ-femelle

CLɔ-noir

<17>

Dans cette relativisation, nous avons i qui est suffixé au verbe comme marqueur de relativisation. Nous pouvons relever à partir des exemples ci-dessous que le relativisateur s’accorde avec l’antécédent en reprenant sa marque de classe. En ce qui concerne l’accord de classe, nous pouvons souligner qu’à part la classe nə- qui appelle l’indice sujet a-, tous les autres indices sujets sont identiques. Dans une phrase relativisée, l’indice d’accord sur le verbe fonctionne comme pronom relative.

(8)

a1

pə-tal

pə-disu

lo

‘La corde l’a blessé

CLpə-corde

CLpə-blesser

3sg

a2

pə-tal

pə-disu-p-i

lo

‘La corde qui l’a blessée’

CLpə-corde

CLpə-blesser-CLp-REL

3sg

b1

kə-noŋot

kə-nuro

‘Le pagne est beau’

CLkə-pagne

CLkə-être beau

b2

kə-noŋot

kə-nuro-k-i

‘Le pagne qui est beau’

CLkə-pagne

CLkə-être.beau-CLk-REL

b3

kə-noŋot

bi

kə-nuro-ki

‘Le pagne qui sera beau’

CLkə-pagne

FUT

CLkə-être.beau-CLkə-REL

c1

bu-nʊ

bu-fal-ɔ

‘L’arbre est coupé’

CLbu-arbre

CLbu-couper-PASS

c2

bu-nʊ

bu-fal-ɔ-b-i

‘L’arbre qui est coupé’

CLbu-arbre

CLbu-couper-PASS CLb-REL

c3

ɔ-pi

ɔ-aş

ɔ -jina-Ø-i

ɔ-doh

i-toh

CLɔ-bouc

CLɔ-femelle

CLɔ-noir-CLØ-REL

CLɔ-manger

Cli-feuille

‘une chèvre noire mange les feuilles’

<18>

Pour ce qui est des constructions des relatives qualitatives, quelques traits qui les caractérisent peuvent être relevés.

  • Le relativiseur varie selon la classe de l’antécédent.

  • La relative qualificative présente toutes les caractéristiques d’un déterminant de type qualificatif. D’abord, les relatives qualificatives ou la structure des relatives permettant de qualifier un nom impliquant un verbe de qualité est identique des relatives comportant un verbe d’action. Ensuite, le pepel utilise deux noms qui fonctionnent dans les relatives qualificatives, à la manière d’un verbe de qualité. Nous avons les termes ñinş « mâle » et aş « femelle »

(9)

ɔ-guka

ɔ-aş

‘une poule’ / ‘un poulet qui est femelle’

CLɔ-poulet

CLɔ-femelle

<19>

Il faut souligner que le fonctionnement verbal de ces deux termes à savoir ñinş « mâle » et aş « femelle » est uniquement observable au sein des relatives qualificatives.

Sur le plan syntaxique, différent de ce l’on trouve dans la majorité des langues du Sénégal, en pepel, l’antécédent est relié à la relative par un connectif qu’on pourrait appeler pronom relatif par sa fonction, mais c’est un élément plus complexe car précédé par un morphème d’accord. Comme nous allons le voir pour les cas par exemples du wolof et du diola, la phrase relative a selon les verbes, au même titre que l’adjectif, une fonction qualificative. L’adjectif et le qualificatif ont le même traitement syntaxique. [5]

Wolof

(10)

picc

mu

tuuti

‘un petit oiseau’ / ‘un oiseau qui est petit’

oiseau

CON

petit

(11)

jigéen

ju

rafet

‘une belle fille’ / ‘une fille qui est belle’

fille

CON

belle

<20>

En wolof, ici les relatives sont introduites par la marque pronominale de classe m- pour (10) et de classe j- pour (11) affectées du morphème u- qui est une marque d’indétermination dans le temps ou dans l’espace.

Diola

(12)

mi-tiñ

ma

sum-e

‘une bonne nourriture’/

CLm-manger

CON

être bon-TAM

‘une nourriture qui est bonne’

<21>

Le ma est considéré en diola comme une particule connective de caractère défini et non comme un relatif.

Pepel

(13)

ɔ-wul

ɔ-jin

‘un chien noir’

CLɔ-chien

CLɔ-noir

(14)

ɔ-wul

ɔ-jin-Ø –i

‘un chien noir’

CLɔ-chien

CLɔ-noir-CLØ-REL

(15)

pə-maaja

kañ

‘un long mil’

CLpə-mil

CLpə

long

(16)

pə-maaja

kañ-p-i

‘un mil qui est long’

CLpə-mil

CLpə

long-CLpə-REL

<22>

A travers ces exemples ci-dessous, nous voyons survenir une construction rare avec l’utilisation d’un suffixe particulière ş pour l’accord des noms de lieu.

(17)

ɲa

a-ri

me

şunu

a

ya-a-ş-i

personne

Is3sg-NEG

connaître

endroit

Is3sg

aller-ACP-SUF-REL

‘personne ne connaît pas l’endroit où il est allé’

(18)

şunu

nji

won-ş-i

endroit

Is1sg

naître-SUF-REL

‘l’endroit où je suis né’

<23>

Dans la relativisation du sujet, tout d’abord, nous pouvons relever un accord en classe nominale avec l’antécédent. Ensuite, la séparation où non de -i est un véritable problème, car il n’est pas clair si –i est un suffixe ou un clitique. Le fait également que le pepel est une langue où l’harmonie vocalique n’existe pas ne nous aide pas dans notre prise de décision. En effet, dans les langues du Sénégal qui connaissent l’harmonie vocalique, c’est la voyelle du radical qui gouverne l’harmonie. C’est généralement un moyen fiable pour séparer les mots, mais aussi est un indicateur rigoureux pour suffixer (si l’élément est affecté par l’assimilation) ou pour postposer un morphème. D’ailleurs Creissels et Biaye [6] nous disent à la page 2 « Le balant ganja est une langue dans laquelle l’harmonie vocalique est cruciale pour un découpage correct des phrases en mots » En réalité, nous pensons que dans ces langues l’harmonie vocalique est un moyen efficace pour définir le mot dans la mesure où celui-ci présente une unité d’harmonie généralement sous le rapport ATR (Avanced Tongue Root « Racine de la langue avancée ») qui se traduit par le fait que toutes voyelles du mot sont soit –ATR soit +ATR. Mais à partir des exemples comme en (8.a), il y a tout lieu de penser que le marqueur de la relativisation est attaché morphologiquement au verbe, puisque, même le pronom objet le suit.

<24>

Pour cette raison nous pouvons le qualifier comme clitique. Alors que, précisément, le pronom objet, on peut s’attendre à le trouver très proche du verbe.

Dans les exemples ci-dessous, nous allons montrer une autre stratégie utilisée par le pepel pour marquer la relativisation du sujet. C’est ainsi qu’on aura:

(19)

a1

ɔ-wul

ɔ-dum

nə-poş

‘Le chien a mordu l’enfant’

CLɔ-chien

CLɔ-mordre

CLnə-enfant

a2

ɔ-wul

ɔ-n

dum-Ø-i

nə-poş

‘Le chien qui a mordu l’enfant’

CLɔ-chien

CLɔ-REL

CLɔ-mordre

CLnə-enfant

b

ña

a-n

bi

bil-i

faa

‘L’homme qui viendra demain’

homme

3SG-REL

FUT

venir-REL

demain

<25>

A travers des exemples (19a et 19b), nous allons analyser le n suffixé au morphème l’indice de classe comme une marque de relativisation. Donc, il y a deux marqueurs qui sont liés. Cette marque n, comme nous allons le voir dans les exemples qui vont suivre est soumis à un certain nombre de contraintes. Nous pouvons citer entre autres que cette forme ne se suffixe qu’aux morphèmes de concordance qui sont constitués que d’une voyelle En somme, il y a en pepel, dans certaines classes une deuxième marque de relativisation. Compte tenu de la complexité de ce marqueur n qui n’apparaît que dans la relativisation, nous ne nous prononçons pas dans son origine. Nous pensons qu’une comparaison avec les langues apparentées pourrait apporter des éléments de réponse.

(20)

a

nə-şukuŋ

a

lemp

ku

CLnə-maçon

Is3SG

construire

maison

‘Le maçon a construit la maison’

(21)

b

nə-şukuŋ

a-n

lemp-Ø-i

ku

CLnə-maçon

Is3SG

construire

maison

‘Le maçon qui a construit la maison’

<26>

Nous avons aussi observé qu’il y a une distribution complémentaire, mais il y a toujours deux marques.

IS Ø V Cl i

IS n V Cl i

<27>

Les classes du pluriel i, mə, ŋə et font leur accord dans la relative en k- comme le montrent les exemples ci-dessous. Ce morphème d’accord k-  se place avant l’indice de relativisation « i ».

(22)

bɔ-liir

bɔ-diisu-k-i

lo

‘Les tisserands qui l’avaient blessés’

CLbɔ-tisserant

CLbɔ-blesser-CLk-REL

3sg

(23)

i-jojo

i-diisu-k-i

lo

‘Les coudes qui l’avaient blessées’

CLi-coude

CLi-blesser-CLk-REL

3sg

(24)

ŋə-je

ŋə-diisu-k-i

lo

‘Les épées qui l’avaient blessées’

CLŋə-épée

CLŋə-bleser-CLk-REL

3sg

<28>

Morphologiquement, au pluriel, nous avons relevé une construction intéressante au niveau de l’accord en classe. Mais ce qui est intéressant c’est que dans tout notre corpus cette marque n’apparaît que dans cette forme de relativisation. Cet accord avec k-, nous a beaucoup perturbé dans notre analyse, mais c’est un constat, et nous sommes incapables à l’état actuel de l’expliquer. De plus nous avons essayer de voir avec les langues voisines, mais nous nous sommes rendu compte que c’est une structure qui est atypique.

En pepel, dans une phrase assertive l’indice sujet qui est répétée est facultif. C’est pourquoi on peut dire pour l’exemple (25) par exemple

(25)

ɔ-wul

dum

nə-poş

‘Le chien a mordu l’enfant’

CLɔ-chien

mordre

CLnə-enfant

<29>

C’est vrai que l’optionalité de ce morphème est de marquer l’accord plutôt que la syntaxe, mais ce qui est intéressant est que ce morphème devient obligatoire dans la relativisation du sujet. Ensuite, nous voyons une chose assez remarquable, qui est la présence d’une marque suffixée à l’indice de classe. Rappelons que, dans la langue, l’indice peut être de structure V ou CV. A cela s’ajoute que la relativisation se fait avec un morphème discontinu qui s’accorde en classe nominale. Nous pouvons noter que deux marques de classe encadrent la base verbale, dont l’un comme pronom relative (il indique la classe nominal du sujet) et le deuxième k-  indique que l’antecédant est au pluriel. Cette dernière fonction est vraiment remarquable.

En résumé, nous pouvons présenter les structures de la phrase relative dont l’antecédent est le sujet de la phrase principale somme suit [7] :

Singulier

Préfixe

de classe-nominale

préfixe

d’accord-n

Verbe-Suffixe

d’accord-i (=REL)

antecédant

pronom relative

prédicat de la phrase relative

prédicat de la phrase principale

Pluriel

Préfixe
de classe-nominale

préfixe d’accord-verbe-k-i

<30>

Ce qui est remarquable dans cette organisation de la phrase relative, c’est que dans les deux structures, le marquage de la relativisation est double : un préfixe d’accord + REL ( n- au singulier et k- au pluriel). Mais pendant que les deux marques précèdent le verbe si le sujet est au singulier, ils l’encadrent au pluriel.

<31>

En fin, le suffixe n collé à l’indice sujet. A la considération des exemples ci-dessus, nous relevons que c’est la stratégie du « gap » (du vide) qui est utilisée. En effet, le syntagme nominal relativisé n’est pas repris dans la proposition relative. Nous pouvons relever également que ce suffixe –i, par rapport à beaucoup de langues du groupe ouest-atlantique, n’est pas épidéictique. En effet, il n’est pas commutable avec une autre voyelle comme en wolof par exemple où le i a une valeur de proximité car il commute avec a, un autre déictique qui n’a pas la même valeur.

4.2. Relativisation de l’objet

<32>

Les stratégies utilisées sont identiques pour les arguments sujet et objet. Nous avons une structure qui se caractérise par morphème d’accord + i. Seulement, il faut signaler qu’en pepel, nous avons un i qui est la marque de l’accompli et est toujours suffixé à la base verbale. En contact avec le relativisateur, la marque de l’accompli disparaît.

(26)

ku

k-ɩ

Musa

şu-k-i

nuro

maison

CLk-DEM1

Moussa

construire-CLk-REL

être beau

‘La maison que Moussa a construite est belle’

<33>

On peut se poser la question de l’existence d’un préfixe de classe pour ku « maison ». En observant les schèmes d’accord, cette hypothèse est valable, mais pour éviter la cacophonie et de plus en pepel il existe beaucoup de suites consonantiques qui ne sont pas admise. De ce fait, la langue pepel enlève le préfixe de classe.

(27)

pə-tal

p-ɩ

nə-lii

fal-p-i

CLpə-corde

CLp-DEM1

CLnə-roi

couper-CLp-REL

‘La corde que le roi a coupée’

<34>

Dans les langues à classification nominale du Sénégal, il est fréquent de retrouver une marque qui varie selon la classe de l’antécédent. Il faut noter que nous avons mis DEM1 juste pour spécifier qu’il s’agit du démonstratif à signifié rapproché car dans la langue nous avons un DEM 2 pour spécifier un sens éloigné.

Comme le pepel et le manjaku sont des langues qui sont proches, mais en pepel, nous avons relevé que les deux i ne sont pas identiques comme le décrit Kihm (1998). Pour le pepel, le pepel comme le montre bien par exemple en (27) le ɩ de p- ɩ marque bien le démonstratif et il est bien dans la position d’un démonstratif. De ce fait, Nous nous gardons de dire, comme semble le développer l’hypothèse de Kihm pour le manjaku, que i reprend l’élément relativisé. Kihm nomme ces deux positions respectivement « relative » et « résomptive » et il dit:

« La thèse que j’entends démontrer est que ce démonstratif constitue l’épellation fonctionnelle - à distinguer de l’épellation lexicale de la trace du déplacement de la tête nominale relativisée » (Kihm 1998:75).

Et plus loins dans l’article:

« L’élément /i/ glosé DEM [PROX] … , il s’agit d’un démonstratif de sens rapproché, dont on voit qu’il apparaît à la fois dans la proposition initiale qui est celle du pronom relatif en français et en anglais, et dans la position de complément à la droite du verbe, d’où l’objet relativisé a été extrait » (Kihm 1998:77).

Voici un exemple tiré de son article.

(28)

ba-npëli

bik-i

u-bus

rum

bik-i

2-jeune fille

2-DEM[PROX]

3-chien

mordre

2-DEM[PROX]

‘ les jeunes filles que le/un chien a mordues’

<35>

A notre avis, ce premier ɩ qui se trouve après le nom est un démonstratif [8] et n’a aucune fonction dans la relativisation et même si il faut le dire dans beaucoup de langues les pronoms relatifs se sont développés par grammaticalisation des démonstratifs, ici ce n’est pas le cas. De plus, il peut disparaître, alors que le i qui est suffixé à la base verbale, ou qui est après le morphème d’accord est fixe.

<36>

Visiblement, à travers les exemples (26) et (27), nous pouvons affirmer que les deux positions ( relatives et résomptives) s’accordent avec l’objet relativisé ku « maison » pour (26) et pə-tal « corde » pour (27).

<37>

Il faut signaler que la position de ce relativiseur est remarquable mais pas très fréquents car comme on le voit nettement à travers les exemples, la phrase relative est joliment encadrée par les marqueurs relatives. Typologiquement des cas similaires ont été relevés dans les langues bantous sud comme en tswana et en zoulou où il y a des relativiseurs qui sont des enclitiques du verbe.

4.3. Relativisation des circonstants

<38>

Le mode de fonctionnement est différent des cas précédemment exploités. Nous sommes dans une zone de langues où la relativisation des circonstants pose problème car, elle demande des stratégies spécifiques. En wolof par comparaison, il y a certains circonstants qui ne peuvent être relativisés qu’à travers l’applicatif. Prenons cet exemple

(29)

paaka

bi

mu

rey-e

xar

mi

couteau

REL

3SG

tuer-APPL

mouton

DEF

‘le couteau avec lequel il a tué le mouton’

<39>

La relativisation du circonstant est assez complexe. Comme le montrent les exemples ci-dessous, nous notons une forme si qui va avec le morphème d’accord assume un rôle de pronom, combinée avec la marque de la relativisation i suffixée à la base verbale.

(30)

ɔ-mbañ

ɔ-si

a

fɩŋ-n –i

ɔ-palalʊ

CLɔ-couteau

CLɔ-PRON

Is3sg

tuer-CL [9]-REL

CLɔ-mouton

antecédant

pronom relatif

sujet REL

verbe REL

objet REL

‘Le couteau avec lequel il a égorgé le mouton’

(31)

ɔ-mbañ

ɔ-si

a

fɩŋ-n-i

ɔ-palalʊ

CLɔ-couteau

CLɔ-PRON

Is3sg

tuer-CLn-REL

CLɔ-mouton

‘Le couteau avec lequel il a égorgé le mouton ‘

(32)

ɔ-banku

ɔ-si

nji

şoru-ş-i

ɔ

kit-ɔ

CLɔ-banc

CLɔ-PRON

Is1sg

être assis-CLş-REL

Clɔ

casser-PASSIF

‘Le banc sur lequel je suis assis est cassé’

<40>

Il apparaît clairement qu’il n’est pas facile de donner une valeur au n qui précède le relateur. Mais en réalité, c’est un cas assez fréquent dans les langues de cette zone . En effet, compte tenu de ce que nous connaissons des autres langues du Sénégal et de la Guinée-Bissau, ce n peut probablement être un ancien applicatif qui s’est spécialisé suite à une grammaticalisation. La question qu’on doit se poser est celle de la position de ce n. A l’évidence, sa position est assez remarquable et sa justification de se souder à la base verbale nous échappe, mais nous savons que son choix est motivé soit par le complément instrumental, soit par le comitatif.

Concernant l’exemple (32), nous relevons l’apparition d’un marqueur ş peut être issu d’une classe locative. Il est intéressant de signaler que la classe ş n’est pas une classe normale, elle est de nos jours quasi inusité, et apparaît dans la relativisation du circonstant. Elle apparaît après toutes les formes où le relatif a pour antécédent un locatif.

<41>

En résumé, nous observons qu’entre le lexème verbal et la marque de la relative i, apparaît deux suffixes spéciaux que nous allons appeler relativiseur du circonstant. Ces suffixes ne sont pas courants, mais nous avons relevé un cas similaire dans la thèse de Sokhna Bao Diop sur le Baynunk de guñamolo, où elle constate : « Dans la relativisation du complément de la préposition iŋgi, la préposition disparaît mais le verbe prend un suffixe -um (INSTR) qui signale justement ce type de relativisation. Le suffixe est vraisembablement un ancien applicatif qui ne subsiste que dans la relativisation » (Diop 2013:269). Voici un des exemples qu’elle nous propose.

guriŋo [giŋayerne guyaahumo] amuñmuñ

gʊrɩŋɔ [gɩŋajɛːrnɛ gʊjaːhʊmɔ] amʊɲmʊɲ

(33)

gʊ-

-ŋɔ

[g-

ɩ-

ŋaj

-ɛːr

CLgʊ-

cuillère

DEF

REL

1sg.s

être en train

REV

-nɛ

gʊ-

jaːh

-ʊm

-ɔ]

a-

mʊɲ-mʊɲ

FOC.ACP

CLgʊ-

manger

INSTR

DEF

3SG.S

être cassé-RED

’La cuillère avec laquelle j’étais en train de manger est cassée’

4.4. Les relatives sans tête

<42>

La particularité des relatives sans tête présentées dans cette partie réside au fait que l’élément qui introduit la relative renvoie à un substantif unu « chose » qui indique la non reférentialité. Donc, l’absence d’un antécédent va conditionner l’usage de unu et la marque de relativisation reste toujours i. Ces types de constructions ne demandent pas un accord de classe

(34)

unu

jak-i

’ce que tu dis’ / ’ ce que tu as dit’

chose

dire-REL

(35)

unu

dol-i

’ce que tu fais’ / ’ce que tu as fait’

chose

faire-REL

5. Relativisation avec -ɔŋ

<43>

En pepel, nous avons recensé une marque ɔŋ susceptible d’introduire la relative dans un énoncé. En effet, il y a un interrogatif ɔŋ ~ ɔn « lequel » précédé d’une marque de classe en accord avec l’antécédent. Donc, on aura kɔŋ « lequel » par rapport à une maison dans (36) et pɔŋ « lequel » par rapport à une maladie dans (37). C’est un élément complexe qu’on pourra appeler interrogatif sélectif et assume le rôle d’un relativiseur. La présence de ce morphème n’introduit aucune incidence sur la phrase dans laquelle il est, mais évidemment va en modifier le sémantisme.

(36)

u

won

şë

ku

k-ɔŋ

’Dans quelle maison habites-tu?’

Is2SG

habiter

dans

maison

CLk-REL

(tu habites dans la maison laquelle?)

(37)

a

ka

pə-maak

p-ɔŋ

’Quel genre de maladie a-t-il ?’

Is3SG

avoir

CLpə-maladie

Clp-REL

(il a une maladie laquelle?)

<44>

Après l’analyse de ces exemples, nous pouvons constater que la deuxième stratégie de relativisation est une stratégie avec l’interrogatif comme en français. Ceci pose un problème assez intéressant du point de vue typologique de contact des langues. En réalité les relatives identiques aux interrogatifs comme l’évoque Creissels dans une communication personnelle à l’atelier Sénélangues [10], où il affirmait qu’ils sont uniquement attestées dans les langues d’Europe. En général, c’est à cause de l’influence d’une langue européenne. Ce qui n’est pas étonnant pour le cas du pepel, dans la mesure où, on est dans une zone où il y a une langue européenne qui est très présente en Guinée-Bissau en l’occurrence le portugais. Nous avons donc un calque sémantique avec l’interrogatif sélectif en pepel, et en français où nous avons l’interrogatif qui est utilisé comme un pronom relatif

(38)

a

yi-i

nə-şuk

a-ɔŋ

dɔ-ɔ

ku

Is3sg

voir-ACP

CLnə-maçon

Is3sg-REL

faire-ACP

maison

’Il a vu le maçon qui a fabriqué la maison’ (il a vu le maçon lequel a fait la maison)

(39)

nji

kob-ɩ

nə-poş

a-ɔŋ

bil-ɩ

Is1sg

frapper-ACP

CLnə-enfant

Is3sg-REL

venir-ACP

‘J’ai frappé l’enfant qui est venu’ ( j’ai frappé l’enfant lequel est venu)

6. Conclusions

<45>

Après examen rigoureux des différentes formes, nous pouvons constater qu’en pepel la formation des relatives obeit à des règles assez précises, mais la chose concrète sur laquelle on puisse s’appuyer est qu’il y a de la morphologie à la fin du verbe. Chaque argument est relativisable. Après avoir montré pour chaque type de relativisation comment se comporte la relative par rapport à la construction indépendante, nous nous sommes rendu compte des constructions présentant des ressemblances avec un fonctionnement différent. La relativisation du sujet et de l’objet s’obstiennent en suffixant la marque de la relativisation à la base verbale. Ce marqueur peut être complexe et, par un accord avec l’antécédent, suivre le morphème de la classe correspondante. Cependant, elle occupe toujours la même place. Quant à la relativisation des circonstants, elle est assez complexe et permet des stratégies spéciales comme c’est le cas de la majorité des langues de la zone qui par exemple il y a certains circonstants qui peuvent être relativisésqu’à partir de l’applicatif.

Concernant l’interrogatif selectif faisant fonction de relativiseur, comme lequel en français, nous pouvons dire qu’on est en présence d’un calque syntaxique avec l’interrogatif sélectif.

ABREVIATIONS

ACP

accompli

AUX

auxiliaire

CON

connectif

CL

classe nominale

EPENT

épenthèse

DEM

démonstratif

FOC

focus

FUT

futur

INTER

interrogatif

3SG

troisième singulier

NEG

négatif

PASS

passif

POSS

possessif

PREP

préposition

REL

relativiseur

[Suject, Verb, Objet]REL

[sujet, verbe, objet] de la phrase relative

REV

révolu

SUF

suffixe

V

verbe

REFERENCES

Benveniste, Emile 1958 [1966]

‘La phrase relative, problème de syntaxe générale’ Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, LIV, 1 ; reproduit dans (1966) p.237-250

Boyeldieu, Pascal et Gudrun Miehe 2007

L’expression de la qualification dans les langues africaines, communication présentée au Colloque international sur les adjectifs, organisé par CNRS et Université de Lille 3 et Lille 1

Clements, Georges Nick 1993

‘Un modèle hiérarchique de l’aperture vocalique: le cas du bantou’. Dans Laks, B. et M. lénat (éds.), De natura sonorum p.23-64. Paris: Presses Universitaires de Vincennes

Creissels, Denis 2005

‘L’émergence d’un système à neuf voyelles en Bantou S30’. Dans Bostoen, K. et J. Maniacky (éds.), Studies in African comparative linguistics, with a special focus on Bantu and Mande. p.190-198. Tervuren: Musée Royal de l’Afrique Centrale

Creissels, Denis 2006

Syntaxe générale, une introduction typologique. Vol 2, la phrase, Hermés sciences: Lavoisier, Paris

Creissels, Denis et Séckou Biaye à apparaître

'Le système des classes nominales du balant ganja', à paraître dans Denis Creissels et Konstantin Pozdniakov (éds.) Les classes nominales dans les langues atlantiques, http://www.deniscreissels.fr/public/Biaye_Creissels-cl.nom.ganja.pdf (23.10.2014)

Comrie, Bernard 1980

Languages Universals and Linguistic Typology. Chicago: University of Chicago Press

Downing, Bruce T. 1978

‘Some Universals of Relative Clause Structure’. Dans Joseph Harold Greenberg, Charles Albert Ferguson et Edith A. Moravcsik (éds.) Universals of Human Language, Vol. 4. Syntax, p.375-418. Stanford: Stanford University Press, http://www.deniscreissels.fr/public/Biaye_Creissels-cl.nom.ganja.pdf (23.10.2014)

Diop, Sokhna Bao. 2013

Description du baynunk guñamolo, langue minoritaire du Sénégal : Analyse phonologique, morphologique et syntaxique.Thèse de doctorat. Paris: INALCO

Kihm, Alain 1998

‘Propositions relatives en manjaku et théorie du déplacement comme copie’. Linguistique Africaine 20:75-98.



[1] Pour une information détaillée, cf. Creissels (2006), Syntaxe générale, une introduction typologique, vol. 2, (Paris : Hermès).

[2] Pour une information détaillée, cf. Ndao (2013), Phonologie, morphologie et structures syntaxiques du pepel, Editions universitaires européennes.

[3] Dans le cadre de Sénélangues ( Projet ANR-09-BLAN-0326) sur la description et la documentation des langues du Sénégal, il a été décidé de procéder de cette manière. Cet article a été réalisé grace au soutien du projet Sénélangues.

[4] Communication personnelle lors de l’atelier III de Sénélangues à ndayane (Sénégal)

[5] Pour une discussion détaillée de ces notions, cf. Creissels (2006), Emile Benveniste (1958) et également Boyeldieu & Miehe (2007).

[6] « Le système des classes nominales du balant ganja », à paraître dans Denis Creissels et Konstantin Pozdniakov (éds.) Les classes nominales dans les langues atlantiques. http://www.deniscreissels.fr/public/Biaye_Creissels-cl.nom.ganja.pdf

[7] Je remercie sincérement l’évaluateur non identifié, désigné par la revue, qui m’a suggéré ce tableau récaputulatif. Les commentaires ont été extrêmement utiles pour la réorganisation du texte.

[8] En pepel dans une phrase relative, il n’y a pas de différence entre le défini et le démonstratif. Les démonstratifs sont intrinséquement du défini.

[9] CL peut être APPL où LOC

[10] Atelier 7 ndayane 3-7 décembre 2012

Lizenz

Kommentare

Es liegen noch keine Kommentare vor.

Möchten Sie Stellung zu diesem Artikel nehmen oder haben Sie Ergänzungen?

Kommentar einreichen.